Une parenthèse dans la communauté de Challaca

Lors de la préparation du voyage, nous avions convenu qu’il serait intéressant de travailler chez l’habitant. Ces étapes nous feraient du bien pour quitter pour un temps le nomadisme et surtout pour aller à la rencontre des gens. Nous avons eu plusieurs échanges avec des contacts en Bolivie mais n’avons pas réussi à concrétiser cette envie dans les temps. Nous avons mieux réussi au Pérou et avons pu rejoindre l’association de Karina qui travaille avec la communauté de Challaca, son village d’enfance. Une cinquantaine d’habitants vivent encore dans ce village en déclin et notre objectif est d’apporter une aide à cette population vieillissante et une ouverture aux quelques enfants encore présents.


Nous avons rendez-vous à Ica chez la mère de Karina et nous nous mettons immédiatement à la tâche. Nous sommes mi-décembre et cette semaine aura lieu la venue du père Noël dans la communauté.
L’une de nos missions sera de l’aider alors nous emballons les cadeaux. Notre chauffeur vient d’arriver et commence à charger sa voiture. Le toit débordant d’affaires et le coffre plein, nous voilà partis ! Nous avons 5 heures de piste à effectuer à travers la montagne aride avec notre petite voiture toute branlante et ses pneus lisses. Heureusement, des stops se présentent de temps en temps afin de refroidir le moteur, réparer une crevaison ou effectuer une livraison au milieu de nul part. Etant encastrés à 4 à l’arrière et avec en plus le chauffeur qui met sa musique à fond, ça nous fait du bien. Nous arrivons devant une maison avec un petit potager. Un homme âgé s’avance, c’est l’oncle de Karina, nous logerons chez lui cette semaine.

Le premier soir, nous souhaitons remercier nos hôtes pour l’accueil en partageant avec eux un risotto. Nous entrons dans la cuisine et voyons la tante en train de cuisiner avec un feu de bois sur le sol. Elle fait griller des graines en guise d’apéritif. On aura l’occasion de tester plus tard cette cuisine rustique pour faire des tortillas ou des crêpes mais pour le moment, on est content de savoir qu’il y a une gazinière sur le côté. Les échanges sont brefs avec l’oncle et la tante mais nous espérons délier les langues lors du repas. Nous dressons la table avec nos assiettes bien présentées et Karina les invite avec un peu d’insistance à se joindre à nous. Il faut dire qu’ils étaient déjà bien installés dans le canapé devant la télé et qu’il est peut être un peu tard pour eux. La Tia s’installe à table et nous dit « Et si j’aime pas ? ». Dans le doute d’une blague nous sourions un peu mais nous comprenons qu’il ne sera pas si simple d’échanger avec nos hôtes, voire avec les habitants du village.

La vie est tranquille dans ce village. Nous adoptons le rythme en commençant le matin par les tâches de la maison. Lorsque le ruisseau n’est pas tari, nous débutons en récupérant de l’eau afin de remplir les différents bidons qui serviront à la cuisine, à l’arrosage du potager, aux toilettes et à la préparation de la nourriture pour les animaux. Ensuite, selon les jours nous lavons le salon, aidons à la cuisine, assistons à la fabrication du fromage ou nous occupons un peu des animaux. Vient ensuite le temps tant attendu d’aller à l’école pour faire des activités avec les enfants durant une à deux heures. Suite au repas, en début d’après-midi, nous prenons aussi l’habitude de la sieste et attendons le fameux cri de Karina « Chicos ! » qui nous signalera qu’il est temps de nous y remettre. Le soir tombe très vite et pour ne pas nous coucher à 20h, nous profitons de cette semaine sédentaire pour nous plonger dans la série l’Exorciste. Traverser ensuite le jardin de nuit jusque la salle d’eau avec les animaux qui s’agitent et le linge se soulevant au vent nous donnera quelques frissons.

On vous partage nos trois moments forts qui nous ont empli de joie : les activités à la l’école, la soirée de Noël et le moment crêpes.

Cette année l’école a pu acheter quelques instruments de musique et étant une troupe de musiciens c’était la bonne mission pour nous ! Chaque jour nous avons fait des initiations à la guitare, au piano et au solfège. C’était un bon moyen pour sympathiser et nous amuser avec les enfants. On rigole encore en nous rappelant la petite Esperanza jouant de la guitare avec un regard blasé à la Lana Del Rey nous disant « et oui je joue bien de la guitare et alors ? » (voir la vidéo). La classe se déroule un peu en mode libre, les enfants entrent et sortent, s’amusent dans leur coin ou choisissent de participer aux activités. En tout cas on a repéré de futurs talents qui nous ont impressionné par leur rapidité d’apprentissage ! Pour varier un peu les activités nous avons aussi organisé des cours d’anglais sur le thème des saisons. Avec nos talents de graphiste, on a fait de beaux posters et on s’est appuyé de nos vidéos de voyage à travers le monde pour pratiquer le vocabulaire avec les enfants.

Notre séjour dans la communauté nous aura également permis de fêter Noël en avance ! En effet nous avons eu l’occasion de préparer un goûter de Noël pour la communauté et les enfants, appelé ici une Chocolatada de Navidad ! Quelques jours avant l’événement, nous avons fait le tour des habitations avec Karina pour inviter les personnes, ici pas de réseau donc il faut aller chercher les gens directement. Nous avons également mis 2 affiches sur la place du village pour l’événement.  Le jour J, il a fallu préparer la chocolatada, la recette est assez simple puisqu’il faut avant beaucoup de lait concentré et du chocolat. L’instituteur nous met dans l’ambiance avec sa sono et des chansons de Noël un peu assourdissantes. On place les chaises dans la salle de classe, les habitants arrivent, que la fête commence ! Dans le secret, Florian est parti se transformer en père Noël d’un soir pour la distribution de cadeaux.  L’arrivée du père Noël laisse les enfants sans voix et on sent un peu de timidité quand il faut venir récupérer son cadeau.  Le père Noël a droit à un bisou et à de nombreuses photos souvenirs, une maman apporte son bébé pour qu’il puisse être porté par le père Noël ! On constate qu’une poupée pour les filles et une voiture pour les garçons suffisent amplement à rendre les enfants heureux! Ce moment a été aussi l’occasion pour les membres de la communauté de remercier Karina pour ses actions et le fait de faire venir des volontaires. C’était très émouvant d’assister à ces remerciements car nous sentions vraiment que l’aide apportée à la communauté était importante dans le village. Après les discours, place à la fameuse chocolatada qui réchauffe et à un morceau de Paneton, sorte de brioche aux fruits secs qui est la star de Noël!

Julie a organisé une session cuisine dans le village afin de partager quelques uns de ses secrets bretons. Au préalable, elle avait testé les ingrédients chez l’oncle et on était ravis de jouer les cobayes ! Surtout qu’il a fallût utiliser le feu à bois car le gaz est trop cher, sacré défi. Plusieurs femmes du villages sont venues participer au cours de cuisine. Elles étaient concentrées et s’assuraient que leurs filles retenaient bien la méthode pour cuisiner à leur tour des crêpes.  La nuit tombant très tôt nous avons fini dans le noir éclairés à la lumière d’un téléphone.  Pour la dégustation, tout le monde s’est réuni à l’école. Les enfants étaient ravis, ça faisait plaisir à voir. Les morceaux de caramel que Julie avait préparé ont surement contribué aussi à leurs sourires. C’était un bon moment également pour échanger avec des personnes du village. Notamment sur la façon de passer Noël et sur des méthodes de cuisine.

Cette semaine nous aura fait du bien mais nous sommes partagés entre plusieurs sentiments. D’une part, nous avons adoré les activités avec les enfants et avons eu aussi de très bons moments avec les habitants du village. D’un autre côté, nous avons aussi la frustration de ne pas avoir connu plus de moments comme ceux-là alors que nous avions beaucoup de temps libre. Malgré nos tentatives d’ouverture, la majorité de notre temps nous étions à la maison de l’oncle pour effectuer des tâches d’entretien . Or nous avons vu par exemple qu’un bâtiment était en construction dans le village, nous ne regrettons de ne pas avoir pu participer au chantier. Nous aurions eu vraiment le sentiment d’aider la communauté dans sa globalité et pas uniquement l’oncle.

Avec du recul, on se dit que notre habitude d’hyper activité nous a un peu faussé notre ressenti. Nous étions au rythme des habitants tout simplement. En repartant nous sommes content de cette parenthèse que nous avons pu faire dans ce voyage et sommes aussi impatients de retrouver notre 4×4 pour poursuivre notre voyage avec plein d’entrain !

5 Commentaires

  1. Claire Dup dit : Répondre

    splendide !! on imagine votre frustration mais vu d’ici ca rend déjà pas mal !!
    ce que vous avez fait, appris d’eux et montré de vous 🙂
    bravo les copains !

  2. AMCarlier dit : Répondre

    Je partage l’avis de Claire et comprend l’origine de votre frustration.
    Mais ce genre de mission se mesure en gestes du quotidien partagés ….. et vous n’en avez pas manqué ! mais surtout en sourires.et en confidences …… et le Père Noël en a plein sa hotte.
    Pour un prochain périple, vous connaissez les critères et les caractéristiques de votre « rendez-vous en terre inconnue » !

  3. Claire Dup dit : Répondre

    🙂 sinon je valide la taille de la tête du père noel ^^

  4. Annie dit : Répondre

    😍👍Superbe immersion la frustration ne vous enlève pas les bons moments que vous avez passé.Un noël avant noël avec un superbe père noël 🌲encore merci à vous tous pour ces partages

  5. ZeRAR dit : Répondre

    J’ ai pédalé comme un malade , traversé des gués , couru dans des bois hantés, bu aux cascades , éclaté mes boyaux sur les sentiers . C’ est de la faute de celui du wawre qui vient de me dire que mon frangin fait un cycle Amérique du Sud . Finalement je vous rejoins . Indubitablement ( c’ est pour Manu qui dit qu’ à Maroilles on conno pas l’ français ) c’ est une Échappée Belle . Tout y est , le poids des mots le choc des photos , la chaleur des rencontres , et cerise sur la piste , vos sourires larges comme des portes de granges .
    Merci . Le compliment est un peu court , abscons car vos reportages nous laissent sans voix mais irradient le bonheur et la joie de vivre . A 67 ans , quand on peut moins vient le temps où on vit par procuration . Ça fait moins mal aux jambes mais l’ horizon n’ a plus de limites . Bravo et Forza jeunesse !

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