Sur les traces des Incas

En partant en Amérique du Sud, je savais que j’allais partir à la rencontre de l’histoire : celle d’une des plus grandes civilisations ayant jamais existé sur Terre. L’empire Inca s’est étendu sur plus de 40000 km et j’ai pu découvrir leurs traces à différentes occasions au cours de ce voyage. N’ayant que très peu de connaissances sur le sujet c’était un vrai plaisir d’en apprendre plus et de faire au fur et à mesure des liens entre mes découvertes. Ce peuple m’a impressionné par ses coutumes, par l’expansion de son royaume, par son savoir-faire et par son destin tragique. Êtes-vous prêts à remonter le temps ? Comme l’ont indiqué les différents guides, il y a énormément de mystères sur les Incas et beaucoup d’hypothèses. J’ai donc essayé de lire entre les lignes et de mettre un peu en ordre ma compréhension sur tout ça. Le résultat se traduit en un article assez long qui j’espère restera agréable à lire…

Pour se mettre tout de suite dans l’ambiance je vous propose notre vidéo qui vous emmènera dans différents sites Incas ou pré-Incas :

Les origines des Incas : Tiwanaku

En voyageant en Bolivie, les habitants au nord du pays nous ont souvent parlé de leur Machu Picchu local. Ils parlaient du site de Tiwanaku se situant à l’ouest du pays, à environ 1h de la capitale La Paz et à 1h du lac Titicaca. On s’est dit pourquoi pas car ça nous donnerait un avant goût avant de partir à la découverte du Pérou qui est le berceau de la civilisation Incas. Et au final quelle surprise ! Je ne m’attendais pas à découvrir ce lieu reconnu aujourd’hui comme étant un élément majeur dans la fondation de la civilisation Inca.

Ce site pré-Inca a été fondé en -800 avant JC et connaîtra son déclin vers 1100. En introduction, notre super guide Angela nous indique que la cité comportait plus de 100 000 habitants. Je lui fais répéter plusieurs fois ce chiffre car il me paraît impossible. J’avais encore en tête que Londres avait atteint ses 150 000 habitants à partir du 16e siècle. Mais oui ce chiffre est exact et me fera tout de suite prendre conscience de la dimension de ce lieu et de sa puissance vue l’époque. Une question me taraude : mais comment nourrir autant de monde ? Là on ne parle pas de nourrir un village mais toute une cité et il n’y avait pas d’agriculture intensive à l’époque. En me montrant une maquette, Angela m’explique que les recherches ont révélé que les habitants avaient créé un des systèmes d’agriculture des plus performants trouvé jusqu’à ce jour. Ce peuple avait une maîtrise des cultures en terrasses et des systèmes d’irrigation.

La visite commence par l’ascension des vestiges du temple principal de la cité. Avec l’altitude à près de 3800 mètres, on peine un peu. En arrivant en haut, Angela nous invite à mettre les bras en l’air, prendre une bonne inspiration et souffler un bon coup en redescendant les mains vers nos pieds. Elle fait de même et fini par un fou rire qui nous entraîne également. Lors de la visite, elle rigole tout le temps et on prend plaisir à l’accompagner. Elle me dit qu’il est important d’entrer et parcourir ce site avec un tempérament positif. C’est ce qui permettra de ressortir avec de la joie et de bonnes ondes. Car au contraire, si on se laisse aller, à la fatigue par exemple, alors on quittera le site épuisé ou avec de mauvaises pensées.

Du haut du temple, il ne reste qu’un haut plateau avec un affaissement en son centre. A cet emplacement, il y avait une croix géante dans le sol mais les colons espagnols ont tout détruit en espérant trouver de l’or. De chaque côté de ce trou se dressent encore deux lignes de pierre parfaitement alignées face à face. Je m’avance vers l’un de ces blocs de plusieurs dizaines de tonnes avec ma boussole. En arrivant à proximité, l’aiguille indique le nord vers la pierre, c’est une pierre magnétique. Un passionné aurait montré à Angela qu’au fond du trou le magnétisme n’est pas horizontal par rapport au sol comme à l’accoutumée mais qu’il pointe directement vers le ciel. Tiwanaku serait le centre du monde, capterait l’énergie du ciel et des astres et la diffuserait ensuite sur le globe. Angela nous explique par exemple que le temple El Fuerte que nous avons visité à plusieurs centaines de kilomètres près de Samaipata avait plusieurs alcôves. Si un prêtre se mettait dans l’une d’elle, son alignement parfait en direction de Tiwanaku lui permettait alors de capter l’énergie. C’est fou non ? Et comment à l’époque ont-ils pu identifier ce type de pierre magnétique ? Ils n’avaient pas de boussole que je sache. Angela nous confirme que c’est toujours un mystère. Comme l’est aussi l’extraction et l’acheminement des pierres de ce site, provenant de différentes hautes montagnes situées à plusieurs centaines de kilomètres de distance…

On se dirige ensuite vers un sanctuaire et on passe vers différents vestiges. Je dis vestiges mais là aussi c’est intriguant. Le savoir-faire est impressionnant, encore aujourd’hui les murs de 2-3 mètres de hauteur sont parfaitement rectilignes et alignés. C’est-à-dire que l’activité tectonique forte dans ces régions n’a pas modifié les lieux. D’après les chercheurs, ces phénomènes étaient bien connus et les techniques de construction de l’époque compensaient ces forces. 2000 ans et c’est encore debout et parfaitement droit ! On note aussi la qualité d’assemblage des murs. Il n’y a aucun ciment entre les pierres. Elles sont liées soit par leur forme (elles peuvent être découpées avec des douzaines d’angles pour s’assembler comme des légos complexes) soit elles peuvent aussi être liées par des pièces de métal (clamps). Et encore des interrogations ! Comment ces pierres ont pu être découpées si finement sans outil et comment ont-elles été amenées ? J’aurai l’occasion d’en savoir plus au Pérou. Car en effet c’est à ce moment que je comprends pourquoi Tiwanaku est si important dans l’histoire des Incas. C’est ici auprès des habitants de ce lieu qu’ils ont notamment appris leur savoir faire dans la construction. Les techniques seront utilisées dans tout l’empire. Je les retrouverais notamment au Machu Picchu construit aux alentours des années 1400 ou bien dans le temple du soleil à Cusco où ces techniques sont les plus abouties et atteignent la perfection.

Dans cette architecture à Tiwanaku on retrouve d’autres prémices aux Incas : la porte du soleil constituée d’une seule pierre de 10 tonnes ou encore différentes fenêtres qui servent de calendrier pour marquer les solstices d’été et d’hiver lorsque le soleil les traverse. Des statues sont orientées également vers des constellations pour indiquer par exemple la saison des pluies et qu’il est temps de semer. Des miroirs d’eau sont disposés dans le sol afin de faciliter l’observation des étoiles. En effet il est plus facile de pointer une étoile dans ce miroir que dans le ciel non ? Cette maîtrise de l’astronomie et du calendrier sera reprise et perfectionnée par les Incas.

On arrive alors dans ce sanctuaire qui en fait est creusé dans le sol. Il y a 3 niveaux qui reviennent toujours dans les civilisations pré-Incas : au niveau du sol les vivants, en dessous les morts et au ciel les dieux. Ces niveaux s’illustrent encore aujourd’hui en Bolivie dans des rituels shamaniques qui utilisent la coca afin de communiquer avec les morts. Au centre de ce sanctuaire se situait un totem géant qui aurait capté l’énergie du ciel et l’aurait renvoyé vers la croix centrale du temple principal de la cité. On aura l’occasion de voir ce totem impressionnant au musée. On y retrouve dessus des gravures avec des symboles repris par les Incas tel que le puma, le soleil et la lune. Sur chaque mur, des centaines de sculpture de visages. Tous de différentes formes et de différentes couleurs. Il représenterait l’ensemble des races du monde. Mais comment à l’époque on pouvait connaître les traits asiatiques ou européens ? Un des visages attire l’œil. Un peu allongé, une forme plutôt triangulaire, des orbites profondes, un peu blanc, est-ce un visage d’un être venu d’ailleurs ? Pour certain c’est une certitude qui explique les connaissances de ce peuple. On retrouve également une pierre différente, celle-ci vient des profondeurs de la Terre et aurait un lien directement avec le noyau en fusion de notre planète. Pourtant le volcan le plus proche est à plus de 300 kilomètres. Dans ce sanctuaire, on a retrouvé des objets avec des dessins représentant des visages du monde et avec des styles artistiques trouvé ailleurs sur le globe. Tiwanaku serait-il le centre du monde ou un lieu de pèlerinage mondial ? Un culte local des Andes affirme que ce site ne date pas de quelques milliers d’années mais de plus de 100 000 ans ! Aujourd’hui, la zone n’a été fouillée qu’à 30 % mais déjà des éléments interpellent les chercheurs. Pourquoi certaines peintures représentent des animaux disparus depuis très longtemps ? Pourquoi des vestiges de port ont été trouvé alors que le lac Titicaca est à plus de 20 kilomètres? Nous apprenons que des chercheurs ont sondé la vallée la semaine précédent notre visite et les résultats seront présentés dans l’année pour indiquer les travaux qui seront effectués sur les 10 ans à venir. Découvrirons-nous dans quelques années que Tiwanaku était réellement le lieu de la genèse de l’Homme ?

L’expansion des Incas et leurs savoir faire

Suite à leur passage à Tiwanacu, ces premiers Incas se sont dirigés vers l’ouest sur le lac Titicaca. La légende raconte que c’est depuis le sommet de l’Isla Del Sol que le premier chef Inca Manco Capas a pointé sa main vers le soleil couchant et a indiqué que sa capitale devrait être bâtie dans cette direction. Cusco, signifiant le nombril en langue Quechua, située à plusieurs centaines de kilomètres deviendra ainsi le centre névralgique de cet empire. A partir de cette future capitale, les Incas vont étendre leur territoire dans toutes les directions en conquérant les différents peuples et tribus. Cet empire Tahuantinsuyu s’étendra ainsi de l’Equateur au Chili, en passant par le Pérou, la Bolivie et allant jusqu’au nord de l’Argentine. Ce peuple conquérant a cette particularité de ne pas annihiler son ennemi mais de fusionner en partie avec lui. En effet, tout en forçant ces peuples à adopter la culture Inca, comme par exemple ses taxes ou bien sa langue unique avec le Quechua, ils ont aussi beaucoup assimilé la culture et le savoir-faire de ces peuples. Pour présenter cette partie, je vous emmène dans différents lieux de ce royaume Inca.

Nasca

Je prends l’exemple de ce peuple pré-Incas qui a été conquis par les Incas. Les Nascas présents dans le sud du Pérou sont connus surtout pour leurs géoglyphes : ces dessins tracés sur le sol mesurant de quelques mètres à plusieurs kilomètres et observables uniquement du ciel. Pour les tracer, les Nascas ont creusé la surface rouge de ce désert riche en oxyde de fer afin de révéler une terre grise. Avec leurs talents et une bonne orientation spatiale, ils ont pu tracer des milliers de formes. C’est avec émotion que j’ai pu survoler ces dessins de plus de 2000 ans. On sent le poids de l’histoire quand on aperçoit ces trapèzes géants, ces lignes droites filant à l’horizon. Surtout quand on reconnaît dans ces dessins géants une baleine, un singe, des oiseaux ou encore une sorte d’astronaute sur le flanc d’une montagne. Ce peuple avait aussi une grande maîtrise de la poterie qu’ils ornementaient de dessins.

Cusco

Le centre névralgique de l’empire se situe au cœur du Pérou, aux portes de la vallée sacrée. Les premiers explorateurs n’en revenaient pas de la beauté de ce lieu. Il étincelait de par la quantité d’or qui ornementait ses lieux de culte notamment celui de Coricancha qui signifie littéralement enceinte d’or. La colonisation détruira la majorité de ces ouvrages mais quelques vestiges survivront notamment une partie du temple du soleil de Coricancha . Les murs de la ville sont un mixte des deux civilisations. Les locaux s’amusent à dire qu’il y a eu l’architecture des Incas auquel s’est ajoutée l’architecture des Incapables. Surplombant la ville, on retrouve un des plus anciens site de la région, le temple Sacsayhuaman. Des fouilles ont révélés des céramiques spécifiques trouvées uniquement ici et à Tiwanaku. Le lien est clair entre ces sites distants de près de 600 kilomètres non ? Son temple est l’un des plus imposant de l’empire avec des pierres de plus de 100 de tonnes assemblées parfaitement sans jointure.

Construction des lieux de cultes

Pour acheminer ces pierres immenses depuis des montagnes situées parfois à des centaines de kilomètres ils les faisaient glisser sur le sol avec de la boue ou des rondins de bois. Heureusement, la main d’oeuvre était facile à trouver car tout le monde travaillait pour l’empire. Pour certaines pierres, il fallait plus de 30000 hommes ! A la fois des hommes devant, pour tirer la pierre et d’autres à l’arrière, pour l’empêcher de dégringoler dans les descentes. J’imagine les accidents atroces qui ont dût se produire lorsque la pierre ne pouvait pas être retenue…

Pour la taille des pierres, il y avait plusieurs techniques :

  • Utilisation d’une pierre plus dure pour travailler la pierre petit à petit.
  • Des chocs thermiques, en faisant brûler du bois dans des fentes creusées au préalable dans la pierre puis en versant de l’eau froide.
  • L’utilisation de végétaux pour venir grignoter petit à petit la pierre.

Le soucis du détail et le côté perfectionniste des Incas leur a permis de bâtir des ouvrages magnifiques avec beaucoup de finesse. Contrairement à nous, l’avantage des Incas est qu’ils n’étaient pas pressés, ils avaient le temps. C’est d’ailleurs pour ça qu’on retrouve sur les sites des variations d’architecture et beaucoup d’ouvrages non achevés.

Pour fixer les pierres les unes aux autres ils utilisaient soit des pièces de métal, soit des angles taillés sur la surface, soit des formes géométriques à l’intérieur de la pierre. Afin de les assembler parfaitement sans jointure, les Incas ne s’y prenaient pas en une fois. Ils ne cessaient de lever la pierre, tester l’alignement, puis la redescendait pour la retravailler. Pour faciliter la levée, ils laissaient des protubérances sur les pierres afin d’y accrocher des cordes. Lors de la finition, ces points d’accroche étaient ensuite éliminés.

Tipon

Ce système impressionnant d’aqueducs est localisé à l’est de Cusco. Il montre la capacité des Incas à contrôler l’eau afin d’alimenter les champs et les villes de l’empire. On a pris plaisir à se balader entre les différentes terrasses et rigoles acheminant l’eau. Toujours étonnant de voir ce qui pouvait être mis en oeuvre même pour un simple système d’irrigation.

Moray

Situé dans la vallée sacrée, ce site unique est un centre de recherche agricole. Avec des terrasses concentriques, ils ont réussi à créer 20 climats. La température et l’humidité variaient selon l’étage de la terrasse. Ils ont ainsi pu tester des nouvelles cultures et savoir comment les utiliser selon les régions de l’empire. Les Incas avaient une grande maîtrise de l’agriculture et des semences. Ils auraient notamment domestiqué la pomme de terre, supprimant sa toxicité pour la rendre consommable. Et oui, il faudra regarder avec plus de respect son plat de raclette à partir de maintenant, merci les Incas !

Salines de Maras

Ce lieu pour la culture saline se situe au creux d’une gorge de la vallée sacrée. Les Incas ont découvert une source d’eau salée qu’ils ont détournée dans des centaines de creusés. Ce site d’une beauté exceptionnelle, notamment à la lumière de fin de journée, fournissait le sel à une grande partie de l’empire. Aujourd’hui encore, ce site est exploité et son sel nous a permis d’agrémenter nos plats durant une partie du voyage.

Chinchero

Certaines terrasses dans ce lieu sont encore utilisées aujourd’hui pour l’agriculture. La balade est d’autant plus belle car on croise les habitants dans leurs tenues traditionnelles. Dans cette ville, on porte un chapeau spécifique de forme concave. L’autre particularité est qu’on continue ici à tisser à la main et surtout à créer ses colorants. Le savoir faire du peuple des Andes est étonnant quand on voit la palette de couleur qui peut être produite à partir des plantes afin de fabriquer du maquillage ou des colorants pour les vêtements. L’avantage est que la couleur serait permanente et ne partirait pas au lavage. On se laisse tenter par quelques tests de couleurs et par un beau tapis qui nous fera replonger dans ce voyage lorsque nous le foulerons dans le salon.

Olaytaytambo

Cette ville très touristique aujourd’hui, avec son train permettant d’aller au Machu Picchu, abrite un temple magnifique sur le flanc de sa montagne. Plusieurs terrasses la gravissent mais ici leur première utilité n’est pas celle des cultures, elle pour  but de soutenir la montagne et l’empêcher de s’affaisser. Cela a notamment permis d’ériger un temple du soleil à son sommet. Ce site est également très moderne car un nouveau type d’architecture était utilisé au sommet avec un système de jointure en pierre. Des blocs de plus de 60 tonnes ont été amenés au sommet par des dizaines de milliers d’hommes et pour éviter qu’ils bougent dans le temps, ils ont été liée par des pierres. L’avantage avec ce système est que si un joint ou une pierre vient à se casser, il peut alors facilement être remplacé. Au loin nous pouvons encore apercevoir la carrière d’où proviennent ces pierres et une rampe est encore présente nous permettant d’imaginer leur acheminement. Comme cela arrive fréquemment vu le temps nécessaire pour bâtir ces lieux avec un tel niveau de précision, le temple n’a pas pu être achevé avant la fin de la civilisation Inca.

Machu Picchu

Enfin la merveille du monde se présente devant nous ! Arrivés tôt le matin, nous apprécions le calme sur la cité et l’arrivée de la lumière qui traverse la porte du soleil à l’est. Par cette porte passe le chemin des Incas. Celui qui parcourait les 40000 kms de l’empire et a permis son expansion. A l’époque, il était possible en deux jours de rejoindre la capitale située à 80 km de là. Il paraît même que des coureurs appelés Chasquis étaient en mesure de parcourir plus de cent kilomètres par jour pour délivrer des messages oraux à travers Tahuantinsuyu. Ce site qui s’est perdu dans l’histoire lui a permis de ne pas être détruit par les colons. Il aura tout de même était pillé de son or par les locaux. En 1911, l’Américain Hiram Bingham qui parcourait la vallée à la recherche d’une cité perdue s’est fait guider par un enfant qui avait connaissance de ruines dans la forêt : il venait de découvrir le Machu Picchu. Il n’était qu’à quelques kilomètres mais ne l’avait point trouvé. En effet en ce temps la ville n’était pas visible car recouvert d’une forêt dense. Aujourd’hui le site est bien entretenu et on apprécie la vue notamment avec la montagne du Wanna Picchu qui veille sur la ville. Elle a la forme d’une tête d’Inca allongé non ? Point de centre religieux, ni de lieu de retraite, le Machu Picchu était utilisé comme poste stratégique aux frontières du royaume. L’objectif était d’étendre l’influence des Incas et leur culte aux peuples de l’Amazonie. Pas si simple car ces derniers étaient des guerriers redoutables. La conservation du site nous permet d’imaginer la vie en ce lieu. Ça devait être paisible. Enfin s’il n’y avait pas ces satanés mouches qui piquent !

Le culte des dieux

Les Incas avaient de nombreux dieux pour représenter les différents éléments de la nature. Je partage ici le culte qui m’a le plus marqué concernant les Incas, celui des sacrifices d’enfants. A Cusco se trouvait un temple dans lequel on élevait des enfants dans un seul but : celui de leur sacrifice à venir pour apaiser la colère d’un dieu. Ces enfants étaient choisis pour leur beauté et aussi pour la puissance de leur famille. Souvent était pratiquée la déformation faciale afin d’avoir un crâne allongé affirmant ainsi la noblesse de la personne. Parfois, la colère d’un dieu se manifestait par l’éruption intense d’un volcan. Afin de l’apaiser une procession religieuse allait être menée. Des prêtes accompagnés des enfants élus partaient alors en direction du volcan. Parcourant parfois des centaines de kilomètres sur plusieurs mois. Équipés de plusieurs paires de chaussons pour les remplacer au fur et à mesure de l’usure et de leurs simples châles, ils gravissaient alors la plus haute montagne à proximité du volcan. L’objectif était de se rapprocher des dieux. Les sommets pouvaient dépasser les 6000 mètres d’altitude. On se souvient de notre ascension du Huayna Potosi en Bolivie et on a dû mal à imaginer des enfants entre 6 et 12 ans et sans équipement réaliser cet exploit. La foi étaient sûrement plus forte que cette difficulté. Différents rituels et sacrifices étaient réalisés au cours de la montée mais le plus important était réalisé au sommet. En plus des feuilles de coca nécessaires à l’ascension, l’enfant devait boire un breuvage le mettant en transe. Le prêtre lui assénait alors un coup fort sur le crâne et plaçait son corps en position fœtal. La promesse qu’on avait faîte aux enfants d’être immortel et de vivre parmi les dieux a ainsi été tenue. En effet, la glace les a conservé au fil des âges et leurs corps sont aujourd’hui préservés à jamais dans des musées. Par deux occasions nous avons pu en voir, à Arequipa au sud du Pérou et à Salta au nord de l’Argentine. L’état de conservation est incroyable, ils sont avec nous dans la pièce. Les vêtements ont conservé leurs couleurs, les cheveux noirs sont toujours coiffés, l’expression de sérénité est palpable. Sur les mains, les plis de la peau sur les phalanges sont toujours présents et accentuent la réalité de ce que nous voyons. Après quelques semaines de voyage suite à notre passage au musée, nous avons appris qu’un volcan au sud du Pérou s’était réveillé. Nous avons une pensée pour ces enfants et sommes contents que ces rites ne soient plus d’actualité.

Les conquistadors et la fin des Incas

Tout commence avec une histoire de famille. Francisco Pizzaro, cousin de Cortes qui a colonisé le Mexique, a lui aussi des ambitions de conquête. Il partage avec Cortes un petit vice : il est appâté par l’or. Or il a entendu parlé d’un pays en Amérique du Sud, « Pirù » ou quelque chose comme ça. En arrivant, il découvre des premières villes Incas, rapidement il comprend qu’il a affaire à une civilisation énorme, de plusieurs centaines de milliers d’habitants, mais que celle-ci est en plein conflit. En effet comme souvent dans l’histoire, des enfants s’affrontent pour récupérer le pouvoir du père défunt. Au moment de l’arrivée de Pizzaro, le deuxième frère Atahualpa a réussi à récupérer les territoires du nord mais il tient son peuple par la terreur. Des prophéties circulent indiquant qu’il sera condamné pour ses actes. Des hommes au visage pâle et cheveux flamboyant viendront pour libérer le peuple et le pourfendre. Cette légende tombe à pique pour Pizzaro car les locaux verront en eux ces libérateurs, il ne rencontrera alors aucune résistance.

Le territoire n’est pas simple à parcourir et les hommes sont à bout à force de s’enfoncer dans ces hauts plateaux à plus de 3000 mètres d’altitude. Mais Pizzaro arrive à les motiver et les poussera jusque la ville de Cajamarca, à moins de 4 kilomètres de la ville où siège Atahualpa. Pizzaro envoi son émissaire pour provoquer une rencontre. Celui-ci arrive avec ses plus beaux atouts du haut de sa belle monture. Silence sur la place. Atahualpa est sur une stelle au sol, dans un linceul blanc. Entouré de ses proches et de son peuple dans leur habits en couleur, agitant des éventails de plumes pour chasser les mouches. Atahualpa renvoi l’émissaire en disant qu’il doit encore passer du temps à méditer et qu’il viendra demain. Au final, il change d’avis et vient le soir même. Il vient non armé avec ses hommes. Il siège sur une sorte de trône porté, des esclaves amènent des présents en or et céramique. Les hommes de Pizzaro sont tendus. Ils ne sont qu’une centaine face aux milliers d’Incas présents dans la région. Même s’ils n’ont que des lances et flèches, ces hommes sont tout de même des guerriers très habiles. Mais les hommes de Pizzaro se tiennent prêts… Le prêtre s’avance et demande à Atahualpa de se soumettre à Dieu et au Pape afin de sauver leurs âmes. Atahualpa demande d’où vient cette croyance. L’homme de foi lui tend une Bible. Atahualpa la présente à son oreille, dit qu’il n’entend rien et la jette au sol. Sacrilège s’écrit le prêtre, un coup de feu retenti, c’est le signal qui mènera au massacre. Des dizaines de milliers d’Incas seront tués et pas un seul espagnol. Atahualpa se fait emprisonner mais demande à être libéré contre de l’or. Il est en mesure de remplir la pièce jusqu’à la hauteur de sa main en moins de deux mois. Une marque est tracée au mur et durant des semaines les partisans d’Atahualpa amènent des trésors. Ces beautés sont aussitôt fondus en simples lingots et envoyées en Espagne. Pizzaro de son côté a continué à se rapprocher du frère Huascar installé à Cusco. Cette ville l’impressionne notamment par son temple du soleil tout en or au centre ville. Il convint alors d’éliminer Atahualpa, un peu trop tôt peut-être, des milliers de lamas chargés d’or auraient été en route afin de libérer leur chef. Afin de contrôler ce vaste territoire, Pizzaro et ses hommes se marient avec des femmes des familles importantes.

La mission de sauver les âmes de ce peuple leur permet de justifier les massacres. La ruée vers l’or va retirer toute trace de la richesse et du savoir faire de ce peuple des Andes. L’évangélisation va surtout détruire tous les temples et cité des Incas. Durant des siècles, le peuple perd peu à peu son histoire. On trouve tout de même des traces cachées dans les constructions de l’époque. Par exemple, la représentation de la vierge Marie habillée d’une veste de forme assez triangulaire rappelle la forme de la montagne, de la Pachamama. C’est seulement au milieu du 20e siècle que les péruviens s’interrogent sur leur passé et cherchent à retrouver leurs racines. Le pays tente d’ailleurs de récupérer l’ensemble de ses trésors qui ont été éparpillés dans le monde. Aujourd’hui, il reste encore beaucoup de mystères à éclaircir mais en parcourant les différents pays de la Cordillère des Andes et en découvrant ses peuples je peux vous dire que j’ai encore ressenti palpiter le cœur des Incas.

7 Commentaires

  1. AMCarlier dit : Répondre

    Merci ++++ Votre parcours sur la route des Incas est passionnant et vous nous donnez envie de poursuivre la découverte de cette civilisation.
    Vous évoquez de multiples étonnements ……. nous avons peut-être aussi à relativiser notre civilisation !!! Que dirons de nous les randonneurs du futur ?
    Juste pour info, lors de notre périple au Chili, nous avons suivi les premiers mètres du chemin de l’Inca qui doit parcourir sur des milliers de km tous ces sites que vous nous avez permis de découvrir.

    1. Caribou et flûte de Pan dit : Répondre

      Merci pour le commentaire ! Nous aurions aussi aimé faire comme vous un bout du chemin des Incas. Il y a notamment un trek de plusieurs jours qui permet d’atteindre une autre cité cachée, Choquequirao. Une prochaine fois peut-être 🙂

  2. zabeth dit : Répondre

    Passionnant!! Surtout le chapitre sur Tiwanaku. Et les sacrifices d’enfants…font froid dans le dos. Ce peuple est fascinant.
    Je crois deviner que Damien est l’auteur de ces lignes très documentées et agréables à lire?

    1. Caribou et flûte de Pan dit : Répondre

      Hehe bien vu Elisabeth, avec bien sûr la collaboration de mes 3 compagnons pour corriger mes fautes de boulonnais ! C’était une belle découverte en effet, ça donne envie d’en savoir plus sur d’autres civilisations comme les Aztèques, les Mayas ou les Pharaons. Toujours de bonnes raisons de voyager 🙂

  3. Bruno OYER dit : Répondre

    Quel article passionnant, et que d’émotions!
    Adolescent, j’étais curieux de cette civilisation et grâce à la lecture j’essayais d’éclaircir les mystères qui l’entoure. 44 années sont passées et tu accomplis mon rêve de parcourir ces sites grandioses et d’être au plus près de cette culture. C’est une belle symbolique car avec toi une partie de moi était sur place et à contribué à apporter de l’émotion à la découverte de ce reportage.
    A la fin de ma lecture, je n’ai qu’une envie, prendre mon sac à dos et partir à mon tour à la rencontre de la civilisation Incas.
    Merci Damien.

    1. Caribou et flûte de Pan dit : Répondre

      Merci beaucoup pour ce commentaire très touchant ! Je ne savais pas que tu étais intéressé par les Incas. Je suis donc content que tu ais pu voyager avec moi pour découvrir cette civilisation :). Il y a de de supers séjours à faire au Pérou autour de Cusco et la vallée sacrée. Vous adoreriez, on en parle à mon retour !

  4. ZeRAR dit : Répondre

    Il y a l’ Histoire et nos Histoires . Ayant lu un vieux livre , les Conquistadores de Kirkpatrick , ayant regardé un reportage sur Arte quant aux Espagnols , il s’ avère que la conquête sud américaine , sanguinaire et atroce , n’ avait qu’ un seul but financier , assurer l’ hégémonie de l’ Espagne sur l’ Europe . Tout cela créa un déséquilibre méditerranéen dans un melting pot barbaresque – Angleterre et adjacents . Notre globe n’ est finalement qu’ un reflet de luttes , prédation et prévarications de toutes natures . Tant de vestiges ont été ruinés que la recherche peine à nous remonter toutes ces informations ancestrales . Les données les plus atroces m’ étaient donc connues . Mais , quelle leçon d’ humilité de contempler ces vestiges , ce savoir-faire ignoré , de civilisation évaporée . But thé show must goes on . Merci et . . . . Bon Vent !

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