Islande de glace

L’Islande, réserve mondiale d’eau pure, hébergeant le plus gros glacier d’Europe qui représente près de 10% du territoire. Le pays a deux facettes avec sa période hivernale et ses longues nuits interminables. Et une seconde partie de l’année une île verdoyante aux journées sans fin.

Arrivés fin février, nous avons pu apprécier les horizons blancs à perte de vue, les montagnes enneigées se dressant régulièrement à nos côtés et le froid à la fois piquant et tonifiant. En prévision du Canada, c’était également une bonne occasion pour tester notre résistance aux températures inférieures à zéro et aux éléments du grand Nord.

Blanc, c’est ce qui nous vient en premier lieu à l’esprit. A la fois il signifie une absence de couleur mais aussi l’état brut de la nature sans artefacts humain pour venir dénigrer sa magnificence. Après quelques kilomètres, nos yeux oublient leurs habitudes citadines et peuvent apprécier la beauté de l’île de glace.

Bleu, c’est ce que nos yeux cherchent pour nous orienter entre le ciel et la mer dans ces vastes étendues de blanc. Le voilà, il perce tout d’abord les nuages et vient apporter le contraste sur ce qui nous entoure. Un autre bleu se présente devant nous mais beaucoup plus bas : le Glacier Vatnajökull. Plus précisément la langue Svinafellsjökull vers laquelle nous nous dirigeons. Incroyable comment un glacier peut être si intense de couleur. Ça ne fait pas ça avec les glaçons dans mon congélateur. Le glacier est figé, le lac dans lequel il se déverse l’été est gelé. Une base scientifique est d’ailleurs installée dessus. On peut entendre de loin les échos de la petite troupe attablée au petit déjeuner sur sa table au milieu du lac. Nous longeons la falaise pour nous approcher du glacier. La montagne sur laquelle nous avançons est noire ce qui accentue la beauté du lieu. Il paraît que la couleur est plus prononcée quand il n’y a pas de soleil. Nous qui le regrettions nous voilà chanceux.

Nous reprenons la route vers l’Est pour chercher un lieu où il est possible de voir le glacier produire les icebergs. Ayant été surclassé à la location, nous apprécions à chaque étape nos sièges chauffants. La route N1 fait le tour de l’île et je comprends l’étendu du glacier qui se cache sur notre gauche derrière les montagnes. La dernière éruption sur l’île avait d’ailleurs fait fondre une partie dans le sud du pays et une immense vague avait plongé jusque la mer. Nous nous arrêtons sur la route et grimpons une petite colline. Devant nous un lac immense et au milieu de celui-ci l’Iceberg ! Au singulier car ce n’est pas la bonne saison.

En juin, le lac en est rempli et ces blocs de glace avancent en file indienne dans l’affluant, passent sous le pont et vont rejoindre la mer. Certains viennent s’échouer sur la plage de sable noir et les intempéries viennent les sculpter telles des œuvres d’arts. La glace ne semble pas bien épaisse nous préférons éviter de nous y aventurer. Il y a quelques semaines un groupe de touriste se serait bloqué sur un bloc parti à la dérive. Des petits points noirs s’agitent sur ce lac nous décidons de nous en approcher. Silence, les phoques sont en pleine sieste.

Spéléologie dans la Crystal Cave

Un pickup bleu énorme s’avance sur le parking, mi 4×4, mi monstertruck. Un logo Ice guide est inscrit sur la portière. Deux marches nous permettent de nous hisser à l’intérieur. Je m’installe en tant que copilote à côté de notre guide. Petite quarantaine, brun, barbe de 5 jours, lunettes de soleil, habillé intégralement de la marque Mammut spécialisée pour le grand froid. De son accent roulant islandais il nous explique que nous avons trente minutes de piste à travers la neige avant d’atteindre la Crystal Cave. Activation de différents boutons pour augmenter la pression dans les pneus, rentrer les marches pieds, fermer le coffre, passer en quatre roues motrices et nous sommes prêts pour prendre la route. Le moteur rugi pour s’élancer dans la neige, notre guide que nous appellerons Ragnar ouvre la fenêtre, sûrement pour écouter le bruit de la glace sur laquelle nous roulons. Nous croisons un pickup abandonné, son propriétaire aurait perdu les clés dans la grotte et a dû laisser son véhicule à mère nature. Arrêt du moteur, nous descendons, et nous sommes immédiatement pris dans un vent glacial. Nous nous hâtons d’équiper nos crampons et notre casque et nous fonçons vers la grotte. L’entrée est un simple trou dans la neige, nous devons nous baisser pour y pénétrer.

Le bleu intense de la glace nous fait plisser les yeux, cette première salle fait bien cinq mètres de haut et s’étale sur une dizaine de mètres. Ragnar nous raconte l’histoire de cet endroit. Ce lieu est vivant, nous sommes dans la Crystal Cave 2016 car en effet elle se déplace et se transforme au fil des ans. Nous croisons d’ailleurs un guide qui s’avère être celui ayant découvert la grotte. Au-dessus de nos têtes la glace peut atteindre une vingtaine de mètres. Des trainées noires sillonnent parfois la glace et peuvent perler à la surface. D’un geste, Ragnar saisi une goutte du bout de son index et nous indique que c’est un vestige d’une ancienne éruption qui a eu lieu il y a des milliers d’années. Nous nous avançons plus profondément en suivant un petit tunnel. Magnifiques les couleurs que peut prendre le bleu, de l’intense à la transparence.

Il nous faut maintenant nous abaisser voire nous allonger pour aller plus loin. Après avoir rampé quelques mètres nous pouvons nous redresser et admirer cette nouvelle salle. La pièce est totalement bleue, nous sommes ébahis. Cette teinte nous explique Ragnar vient du fait que les autres couleurs du spectre lumineux sont réfléchis. Seul le bleu peut franchir la glace. L’intensité lumineuse est due à la densité et la pureté de la glace qui permet à la lumière de la franchir sans perdition. Sur son téléphone notre guide nous montre qu’il y a deux ans il emmenait les touristes dans cette salle sur une petite barque. Depuis la rivière s’est tarie et a amené plusieurs mètres de graviers. Nous comprenons que nous faisons partis des derniers visiteurs, dans quelques années cette pièce sera comblée. La glace n’est pas toujours lisse mais composées de différentes alvéoles. Le vent parvenant à entrer dans la grotte via l’ancienne rivière pénètre dans la pièce par mouvement circulaire de bas en haut. Il vient lécher la glace et petit à petit éroder sa surface. Des bulles d’air emprisonnées dans la glace se libèrent et engendre ces petites cavités. Il est temps de sortir de ce lieu magique, nous avions le privilège d’être un petit groupe de moins de dix personnes, trois pickup viennent d’arriver et déverser leur flot de touristes.

Musique : Does my heart feel so bad – Moby

 

5 Commentaires

  1. Bruno OYER dit : Répondre

    Moments magiques, quel dépaysement. Merci de nous faire partager votre voyage et vos magnifiques découvertes.

  2. Oyer dit : Répondre

    Bonjour à vous deux vidéo splendide toute cette glace oh la la il doit faire froid et cette grotte impressionnante sous cette quantité de glace.
    Le véhicule pour vous déplacer n’était pas mal non plus.

  3. zabeth dit : Répondre

    génial!!! merci de nous faire partager ça et de nous envoyer de si belles images et textes très bien écrits 🙂

  4. AMCarlier dit : Répondre

    Nous sommes privilégiés ! Tant la prose que les images et le film si réaliste nous font rêver.
    Saurez-vous maintenir ce rythme et cette qualité ?

  5. Oliv dit : Répondre

    Ouah ! J’en prends plein les yeux et ça au fond de mon canapé … Ne manque plus que le froid et les odeurs pour y croire. À quand les prochaines images ? Bon voyage.

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